Attention danger
Lorsqu’un ouvrier du bâtiment reçoit une tuile sur la tête, cela n’a pas vraiment de rapport avec son âge, mais bien plus avec les mesures de sécurité insuffisantes sur le chantier. Que les jeunes soient plus souvent impliqués dans un accident que leurs congénères plus âgés, n'est cependant pas dû au hasard: ils sont souvent plus alertes et actifs et donc aussi exposés à un risque plus élevé. Souvent ils ne font rien non plus pour réduire ce risque, au contraire: il fait partie du tempérament de la jeunesse et a également un aspect positif, celui d'inciter à ne pas se contenter de suivre fidèlement les chemins déjà tout tracés par les plus «vieux». Au contraire, les jeunes ont souvent envie de découvrir d’eux-mêmes le monde et ses limites. Et parce que les jeunes se sentent souvent invulnérables et sous-estiment généralement les dangers, les limites sont souvent bien repoussées, voire même dépassées. Ce qui se cache derrière cette barrière ne devient souvent évident qu'avec le recul: peut-être le paradis, mais peut-être aussi l’enfer...
Manque d’imagination
Certains exultent de joie après avoir réussi à dévaler avec leur snow-board une pente à pic en dehors des pistes. D’autres trouvent amusant d’envoyer un MMS triomphal à leurs collègues, qui les montre en train de grimper un sommet de 4000m, en short et baskets. On peut aussi pousser l'imprudence - pour ne pas employer ici le terme «stupidité» - à l'extrême: ainsi, un automobiliste s’est illustré à Zurich pour avoir déclaré devant une caméra, qu’il préférerait perdre la vie dans un accident plutôt que de se faire dépasser par un autre véhicule. Des exemples aussi extrêmes sont rares. Mais en général, les jeunes devraient peut-être faire un peu plus souvent appel à leur imagination et à leur créativité, lorsqu'il s’agit d’appréhender les dangers à temps. Par exemple, avant de se mettre à dépasser dans un virage, ils pourraient s’imaginer qu’une autre voiture arrive en face juste au même moment. Cela pourrait peut-être les dissuader de continuer à adopter des comportements aussi risqués - et qui sait – peut –être même sauver des vies.
Maladie d’amour, maladie de la jeunesse
Des mesures préventives simples peuvent vous sauver la vie, non seulement dans le trafic routier ou dans l’exercice du sport, mais également dans la vie amoureuse. Il est bien connu, tout au moins depuis l’apparition du syndrome d’immunodéficience, le Sida, qu’une personne qui a des rapports sexuels non protégés avec des partenaires étrangers peut mettre en danger sa propre vie et celle des autres. Ceci est tellement évident aujourd’hui, qu’on a presque honte, d’en reparler encore et encore. Mais puisque cela semble si évident, on peut alors se demander pourquoi le nombre de personnes infectées par le virus HIV est ces dernières années en augmentation en Suisse et pourquoi aussi d’autres maladies vénériennes qu'ont croyait disparues ont de nouveau le vent en poupe.
Est-ce cette sensation forte qui – comme pour les sportifs de l’extrême ou les vandales de la route - conduit certains à prendre des risques aussi grands, presque comme à la roulette russe? On ne le sait pas exactement. Les spécialistes supposent que beaucoup d’entre eux ont entendu qu’il existe à l’heure actuelle de nouveaux médicaments pour le traitement du Sida, et qu’ils pensent à tort que cette maladie, que l’on craignait tant, peut aujourd’hui se soigner. Il existe bien des médicaments permettant de guérir d’autres maladies sexuellement transmissibles, comme la syphilis, la blennorragie, etc., mais quiconque – là aussi – dispose d’un peu de fantaisie, peut facilement s’imaginer qu’il est nettement plus simple d’aller dans un magasin ou une pharmacie acheter quelques préservatifs, et de s’en servir ensuite, que d’avouer plus tard à son partenaire voire son conjoint, qu’il lui a peut-être transmis une maladie répugnante. Si vous faites partie de cette majorité, qui ne dispose ni de la volonté, ni de la force nécessaire pour s’adonner à la «fidélité éternelle» ou à «l’abstinence totale», écoutez de temps en temps les paroles de la chanson d’Elmer Food Beat «Le plastique, c’est fantastique - Le caoutchouc, super doux».
- Mauvais souvenirs
Les infections peuvent aussi se transmettre par d’autres voies, comme c’est le cas pour certaines formes d’hépatites. Pendant les deux guerres mondiales, l’hépatite A était également très répandue en Europe. Aujourd’hui, elle ne subsiste pratiquement plus que dans des régions, où les conditions d’hygiène sont quasi inexistantes. Mais comme les jeunes justement endossent plus en plus souvent leur sac à dos et entreprennent de grands voyages, ils devraient faire preuve d’une prudence particulière. Alors que l’hépatite A peut être causée par la consommation d’eau non potable ou d’aliments avariés, la variante B de la maladie se transmet comme le Sida, lors de rapports sexuels non protégés ou au contact d’objets contaminés, que ce soit dans le milieu de la drogue, ou dans un studio de tatouage et de piercing qui ne respecte pas les consignes d’hygiène. Le virus peut même être transmis en faisant usage commun de brosses à dents, de lames de rasoir, etc. Pour la première fois en 1998, l’Office fédéral de la santé publique a décidé de faire vacciner tous les jeunes entre 11 et 15 ans contre l’hépatite B. Cette campagne a d’ailleurs suscité de nombreuses controverses.
- Esprits embrumés
En matière d’alimentation, chacun a le choix de manger ce que bon lui semble. Il en va de même pour la consommation de ce qu’on pourrait appeler les «produits de luxe», tant qu’ils sont consommés avec modération et qu’on n’en devienne pas accro, car ensuite il devient nettement plus difficile de se contrôler. Aux États-Unis, la responsabilité personnelle n’a pas réussi à dissuader certains adultes de submerger les fabricants de cigarettes de plaintes s’élevant à des millions, en avançant l’argument que les consommateurs n’avaient pas connaissance des dangers du tabac. Dans notre pays par contre, chaque enfant sait parfaitement que le tabac ne fait pas seulement mal au porte-monnaie, mais qu’il affecte aussi les poumons et le cœur. De la même manière, on sait aussi très bien qu’une consommation excessive d’alcool atteint le cerveau et le foie. C’est une évidence, au même titre que la terre est ronde. On ne parle même pas des dangers des drogues dures. C’est donc avec une incompréhension encore plus grande que les experts de la santé se rendent compte que les jeunes consomment de plus en plus de cigarettes et de boissons alcoolisées. On devrait peut-être une fois reconsidérer le problème sous un autre aspect, et se poser la question suivante: comment est-il possible pour un jeune, qui ne veut rien savoir, de ne PAS commencer à fumer, alors qu’il est entouré de personnes représentant l’autorité, qui le regardent sévèrement de haut, secouent la tête et pointent un doigt menaçant?
Il faudrait peut-être aussi reconsidérer l'impact des slogans tapageurs de prévention figurant sur les paquets (« Fumer tue! », par ex.). Qu’est-ce que cela peut bien faire à un jeune de 18 ans, si on lui dit qu’il devra payer son comportement d’aujourd’hui par une mort anticipée de quelques années, dans quelques décennies? Cela lui paraît aussi loin que le Jugement dernier et ne lui inspire donc aucune crainte. Ne serait-il pas plus judicieux de souligner tous les bienfaits que les jeunes peuvent retirer – et cela dans l’immédiat déjà - en buvant avec modération, en renonçant (complètement, si c'est possible) à la cigarette ainsi qu’aux drogues dures, à savoir par exemple, plus d’énergie et de souffle, une meilleure condition physique, plus d’indépendance, plus d’argent - et pas de mauvaise haleine?!
Mais les jeunes ne boivent et ne fument pas uniquement pour montrer aux «vieux» qu’ils veulent faire ce qui leur plaît. Quelqu’un qui a recours à des substances psycho-actives le fait aussi, parce qu’il recherche de nouvelles expérience «au-delà des limites», parce qu’il se sent incompris et mal aimé, qu’il n’a pas assez confiance en lui ou qu’il a du mal à gérer les aléas de la vie. Quiconque veut faire de la prévention dans ce domaine, devrait avant tout s’intéresser aux racines du problème. Et inversement, un jeune ne devrait pas attendre que les «experts» lui présentent une «solution», mais plutôt se dire, dans ces moments où il se sent en danger: «Je suis OK et n’ai pas besoin de commencer à adopter ou de continuer à avoir ce comportement qui nuit à ma santé, juste par peur, que les autres se moquent de moi ou m’excluent de leur cercle d’amis».